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Les Anciens de... (2009)

  • Du 1er au 18 avril 2009.
  • Ecole régionale des Beaux Arts, Besançon.



    Artistes : Yvan Etienne , Cécile Meynier, Thomas Henriot, Marie-Cécile Casier, Emmanuel Gogneau, Elyse Galiano, Elodie Houel, Brice Jeannin, Marguerite Bobey, Jérôme Conscience, Sylvain Possenti, Hugo Pernet, Hugo Schuwer-Boss, Raphaël Navarro, Silène Audibert, Jérôme Vaspard, Fanny Gaillard, Frédéric Weigel, Didier Viodé, Brice Issaurat, Didier Blondieau, Nicolas Maigret, Maxime Vernier, Florence Côte, Grégory Weiss, Sophie Vinet, Alexandre Haïssat, Gérald Mainier, Mathieu Gruet, Delphine Lagron , Sébastien Vacheresse, Sandrine Buessler, Charlotte Guinot-Bacot.




































La partie ne fait que commencer...

Pour réaliser cette exposition, nous aurions pu construire une petite boutique de souvenirs comme on en trouve sur les sites touristiques ou à la sortie des musées. Elle résume tout ce que l’on a pu voir, archive les événements, conserve les cours, propose des traces, des empreintes. Se tiendrait là, piquée derrière sa caisse enregistreuse, une petite vieille dame, ici depuis le début, fidèle à son poste et ne manquant pas de raconter une anecdocte sur l’un ou sur l’autre, avec une certaine rengaine, toujours en train de se plaindre de ses conditions de travail et prête à partir, mais sans jamais l’avoir fait. Les visiteurs pourraient acheter, des cartes postales, un vieux pinceau usagé, un morceau de carton (relique d’une installation), un pseudo diplôme avec leur nom (certifié conforme), une affiche sous blister, collector, car unique, réalisée par un deuxième année en 1998. La vieille dame nous aurait alors proposé la reproduction de telle ou telle oeuvre, en miniature, dans sa petite boîte, numérotée de 1 à « x ». Miniature d’aileurs qui finirait sur une étagère, à côté de l’horloge comtoise et de la boule à neige avec la Tour Eiffel. On serait, alors, fier de raconter la visite de cette boutique et de narrer tout ces petits trésors, comme si nous étions passé devant « Beauxartsland » sans passé par la case « Expo : Space mountain ». L’exposition aurait donc pu se résumer à cela, une forme de catalogue en trois dimensions présentant de manière concise les différentes propositions de chacun. Un rassemblement.

Oui, c’est un rassemblement, car pour la plupart aucun n’a eu l’occasion de travaillé avec l’autre et c’est un plaisir de pouvoir se revoir. Mais notre école n’est pas une boutique de souvenirs et de relique, même si lorsque nous l’arpentons pour la énième fois, nous repensons, de temps en temps, à nos années d’études, cherchant ici où là une trace au sol, démarquant l’espace de notre atelier, et se remémorant dans tel ou tel espace l’accrochage que nous avions présenté. Non, nous n’avons pas choisi de faire de cette exposition, « une boutique du souvenir ». Nous avons choisi de prendre part à une partie, de hisser haut et fort nos couleurs, de les porter et de signer notre bannière. De montrer ce que nous produisons aujourd’hui, de raser le plateau de jeu et de faire une case unique : « Vous êtes sur la case « Les Anciens de... », ne passez pas par la case souvenirs, de toute manière il n’y en a pas. ». Car ces étendars, ce sont nos propositions, notre réflexion qui se déploie sur la toile, le sol, qui se plante dans la masse, se noue, se tisse, se dessine et résonne dans le lieu. C’est un jeu de socièté à 34 joueurs ou tout le monde gagne, en nommant son travail, en le confrontant aux autres, à celui qui regarde. Si, parfois, il est intéressant de noter que certains se disputent les mêmes couleurs, surfent sur le même drapeau. Cela pimente la partie, car les stratégies de conquête des territoires sont multiples, se répondent, se font face sans jamais s’anéantir.

Pourtant il y a quelques mois, quand chacun à choisi son pion, pour jouer, il semblait que se présentait à la table, des individus complétement opposés les uns des autres avec, après distribution des cartes, très peu de mains complémentaires. D’un côté cela semblait pertinent et remarquable d’avoir autant de points de vue différents, c’est d’ailleurs ce qui semble faire la force de l’enseignement qui se distille à l’ « ERBA », pouvoir diversifier, plutôt que d’unifier, de lisser. D’un autre cela accentuait la difficulté de les faire jouer ensemble. Cependant, au fil des tours, en se familiarisant avec les participants, il devenait de plus en plus évident que certaines des statégies employées se ressemblaient dans la forme. Car on ne peut nier qu’il se tient dans notre travail une filiation, développée tout au long de notre parcours. Cette base permet à chacun de tenter des ouvertures, de requestionner et de se détacher. Sans remettre en cause les autodidactes, l’on constate que cet apprentissage légitimise notre diversité.

Dans le fond, les intentions et les manières d’agir sont à chaque fois différentes. Sur ce plateau de jeu, c’est donc des formes et des techniques similaires, qui se présentent a l’observateur. Mais ce sont les 34 bannières qui font front et qui s’agitent. C’est vrai qu’il n’y a ni gagnant ni perdant. Quel est enjeu me direz-vous ? Eh bien , c’est de pouvoir continuer la partie ailleurs, créer de nouvelles phases de jeu, planter des drapeaux un peu partout sur le grand plateau de la Culture, sans jamais ranger le jeu dans sa boîte ; la boîte où tout est rangé à sa place comme dans la boutique à souvenirs, qui ne mentionne que la dernière partie. Sauf que la partie ne s’arrête jamais et que le prochain tour sera toujours plus intéressant et captivant que le précédent.

Julien Cadoret.